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“Ne vous inquiétez pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine…” Mt 6. 34

La vie se charge, au quotidien, de nous apporter divers tracas et inquiétudes ; elle serait insupportable si, en plus des peines du jour, nous devions porter celles de demain et d’après-demain.

Le philosophe latin Sénèque (58 avant J.-C.) s’exclamait ainsi : “Que de maux sont arrivés, sans qu’ils fussent attendus, et combien ne sont jamais arrivés, quoiqu’attendus.”

En effet, il n’est pas rare de s’inquiéter pour des problèmes qui n’arrivent finalement jamais.

De son côté, Jésus nous encourage à avoir confiance pour vivre sereinement au jour le jour. Demain sera une autre histoire.

Mais, de nos jours, plus que jamais, nous aimons tout prévoir, programmer, voire régenter parce que nous voudrions, quelque part, être le maître de notre vie et de notre destin, et parfois même être régisseur de celui des autres.

Prévoir, anticiper, voire deviner (chercher à être devin) sont des préoccupations quasi prioritaires, au point que l’on vit plus dans un futur incertain – mais à garantir – que dans le présent qui s’échappe toujours trop vite.

Or, il faut bien admettre, une fois pour toutes, et nous en souvenir chaque matin, que la vie est toujours, pour nous, imprévisible.

Notre cerveau voudrait tout contrôler alors que la vie est l’imprévu par essence.

“L’inquiétude fait souffrir deux fois”, selon un psychologue.

L’inquiétude assombrit notre aujourd’hui pour un lendemain qui n’existe pas encore. Du coup, le lendemain occulte la joie d’aujourd’hui. Est-ce nécessaire ?

Avant de quitter cette terre, Jésus a tenu à préciser qu’Il serait avec nous tous les jours. Laissons-Le nous accompagner aujourd’hui, Lui qui est le pain descendu du ciel pour nous nourrir de Sa présence et de Son amour.

Avez-vous remarqué la redondance dans: “Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien” ? C’est un acte de confiance, et donc de foi, que d’accepter ce “au jour le jour”.

Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces.” Ph 4. 6-7

L’apôtre Paul propose aux chrétiens de Philippes d’exposer devant le Seigneur les besoins qui sont les leurs en utilisant trois formes d’expressions. :

– des prières, des supplications et avec actions de grâces.

*Nous savons assez bien ce que sont *les prières* : des requêtes, des demandes, des intercessions.*

*Nous savons aussi ce que sont *les actions de grâces* : des expressions (et une attitude) de reconnaissance et de remerciement devant le Père.*

Nous avons peut-être un peu plus de mal à cerner le terme supplication.

*Or, si cela ressemble à la prière, ce n’est pourtant pas tout à fait la même chose. Dans *“supplication”, il y a l’idée de supplier et donc de se placer dans une attitude humble de soumission.

La supplication est une prière, certes, mais avec une connotation très forte d’humilité, de dépendance, voire de servilité.

De fait, l’apôtre nous rappelle ainsi que nous ne nous approchons pas du Père avec une liste de commissions. Le trône de Dieu le Père n’est pas un drive où nous enlèverions notre commande d’exaucements.

Nous nous plaçons devant un Dieu trois fois saint, créateur de l’univers dont nous ne sommes qu’une poussière.

“Ôte tes souliers, car cette terre est sainte” déclare Dieu à Moïse qui s’est approché.

Devant Dieu notre Père, nous n’avons rien à réclamer, rien à revendiquer, aucun droit à faire valoir. Nous sommes dans l’attitude de celui qui implore, et non de celui qui réclame son dû.

Dès lors, respect et humilité sont de rigueur.

Mais nous n’avons pas non plus à oublier que le Père veut entendre nos requêtes et tend l’oreille. Il ne veut pas nous écraser de Sa toute-puissance, mais nous assurer de Sa bienveillance.

Chez Lui, tout est bonté et mansuétude ; de quoi nous assurer le meilleur accueil.

“Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ?” Mt 6. 27

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus encourage ses auditeurs à ne pas trop s’inquiéter et avec une certaine sagesse, il insiste pour dire que les préoccupations et les soucis ne rallongent pas notre espérance de vie.

Certaines traductions donnent :

Qui de vous peut ajouter une coudée à sa vie ?” Une coudée, c’est la distance entre le coude et le majeur, main tendue, soit environ 50 cm ; ce n’est pas beaucoup !

Si donc s’inquiéter ne sert à rien – et en général, nous le savons – cessons de nous inquiéter.

Les inquiétudes sont des pensées qui se déclenchent souvent par un “et si…” : et s’il avait un accident ! Et s’il était tombé ! Et si ma boîte faisait faillite…

Toutes ces hypothèses non vérifiées mènent à l’anxiété. Les conséquences de l’anxiété sont, selon les médecins : perte d’énergie, irritabilité, problème de concentration, perte de sommeil, épuisement moral, mental et physique…

De plus, l’inquiétude produit la peur, l’insécurité, le doute.

Et ces fragilités peuvent conduire à des drames : Caïn s’inquiète, il a peur, et il se cache de Dieu.

Abram/Abraham s’inquiète pour sa vie : il ment au pharaon et fait courir un énorme danger à sa femme.

Or, la peur des problèmes pose souvent plus de problèmes que les problèmes eux-mêmes.

Face au conseil de Jésus, et à cette évidence que l’on ne peut rallonger sa vie en s’inquiétant, nous pouvons relire un verset de Proverbes. :

“Mon fils, n’oublie pas mes enseignements, et que ton coeur garde mes préceptes; car ils prolongeront les jours et les années de ta vie, et ils augmenteront ta paix – ta quiétude” (Pr 3. 1).

Ainsi donc, si nous occupons notre coeur à nous souvenir de toutes les paroles rassurantes et bienveillantes du Père – qui prend soin de nous et des nôtres – nous aurons nettement moins l’occasion d’être submergés par des inquiétudes qui nous font peur pour des choses qui n’existent que dans notre imaginaire.