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“Il alla… se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya… garder les cochons…” Lc 5.15

Après avoir dilapidé tout son argent à l’étranger, loin du pays de son peuple et de ses lois, il ne lui restait que deux solutions :

Retourner vers son père, ou rester dans ce pays païen où personne ne le connaissait.

Il choisit la deuxième, ce qui le força à chercher un emploi pour pouvoir se nourrir. Il était si désespéré qu’il accepta un emploi qu’aucun juif fidèle n’aurait envisagé : garder des cochons !

Dieu notre Père a le sens de l’humour ! Il nous oblige parfois à faire ce que nous détestons le plus pour nous faire entendre raison.

Voilà donc notre “gaspilleur” arrivé au plus bas de son existence, incapable même de manger la nourriture des cochons, les gousses de caroubier n’étant pas digestibles par l’homme dans leur état naturel.

Pourquoi ne se résout-il pas plus vite à rentrer humblement chez son père ? Parce qu’il sait ce qu’il risque en revenant dans son village.

Les us et coutumes juifs comportaient une cérémonie humiliante appelée Kezazah (littéralement : découpé, tranché, coupé de…).

Lorsqu’un jeune juif gaspillait son héritage parmi les païens, s’il osait revenir chez lui, toute la communauté se rassemblait devant lui, brisait un pot de terre cuite à ses pieds et déclarait : “Un tel est coupé à jamais de son peuple”.

En conséquence, il devenait un paria que nul n’accueillerait ou n’aiderait.

Mais la peur de mourir de faim loin de son peuple, plus que le remords d’avoir brisé le cœur de son père et humilié son peuple, fut la plus forte et le “gaspilleur” prit enfin le chemin du retour.

“Tandis qu’il était encore assez loin de la maison, son père le vit… il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l’embrassa” Lc 15.20

Notez qu’une grande distance les sépare encore, pourtant le père le voit et court à sa rencontre, probablement pour lui éviter l’humiliation de la Kezazah.

Agissant ainsi, il fait ce qu’aucun digne patriarche n’aurait fait : courir en relevant sa robe et donc en dévoilant ses jambes et faire le premier pas vers celui qui lui avait causé douleur et humiliation.

Mais n’est- ce pas ce que Dieu le Père a fait pour nous ?

Paul écrit : “Il n’y a pas de juste, pas même un seul… il n’y en a pas un qui recherche Dieu. Tous se sont égarés, ensemble ils se sont pervertis, il n’y en a pas un qui fasse le bien, il n’y en a pas même un seul” (Rm 3. 11).

Pas plus que le fils prodigue, nous ne méritions que Dieu coure vers nous pour nous embrasser et nous serrer contre Lui.

Il faut remarquer en passant que le jeune homme ne fait pas vraiment preuve de repentance, quand il s’adresse à son père. S’il revient, c’est avant tout pour ne pas mourir de faim, pas pour rétablir une relation d’amour et de respect avec son père.

D’aucuns ont mis en parallèle les mots du fils prodigue “Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi” (v. 21) avec les mots du Pharaon à Moïse : “J’ai péché contre le Seigneur, votre Dieu, et contre vous” (Ex 10. 16).

Qui oserait affirmer que le Pharaon regrettait son péché envers Dieu ?

Malgré ce manque de repentance, le père du fils prodigue l’embrasse, signe de pardon, le revêt de sa propre robe, signe d’honneur et de respect, enfile une bague à son doigt, signe d’autorité, et lui procure des sandales, pour le différencier des esclaves qui allaient en général nu-pieds.

Pour couronner le tout, il fait tuer et préparer le meilleur morceau de viande disponible sur le domaine.

Le plan du salut divin exclut toute action de notre part.

Le “gaspilleur”, le bon-à-rien, n’avait qu’à revenir pour être accepté par son père. Ce dernier n’avait jamais perdu espoir.

Dieu notre Père non plus ne perd pas l’espoir de voir revenir à Lui Ses enfants égarés.

La repentance viendra plus tard ! Aujourd’hui, hâtez-vous de venir vous réfugier dans Ses bras !

“Père, donne-moi la part de fortune qui doit me revenir… Peu de jours après, le plus jeune fils convertit en argent tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune..”
Lc 15. 12-13

L’appeler l’enfant prodigue sonne bien, n’est-ce pas ? Mieux que l’enfant gaspilleur ou dépensier, ce qu’il était vraiment.

D’ailleurs l’histoire que Jésus raconte est, pour la première moitié du moins, assez sordide.

L’un des deux fils de ce propriétaire terrien demande à son père de partager, de son vivant, l’héritage destiné aux deux garçons, afin qu’il puisse jouir tout de suite et à sa guise, de sa fortune future.

C’est un peu comme s’il disait à son père : “J’en ai assez d’attendre que tu meures. Je veux mon argent sur-le-champ”.

Aux temps bibliques l’héritage n’était partagé qu’après la mort du père et selon la règle légale dans le cas de deux enfants : deux-tiers allaient à l’aîné, et un-tiers au cadet (Dt 21. 15-17).

La réaction du père semble incompréhensible ! Comment peut-il accéder aussi facilement à la requête insultante de son plus jeune fils ?

Mais Dieu notre Père n’agit-Il pas ainsi envers nous ?

Il nous a créés, nous a accordé des talents spécifiques, nous poursuit de Son amour et de Sa compassion, et nous Le rejetons pour vivre notre vie loin de Lui !

Mais l’amour du Père est trop fort pour nous abandonner.

Il ne se lasse pas d’attendre notre retour, sachant très bien que le monde et ses plaisirs ne sauraient nous satisfaire pleinement.

Imaginez ce qu’a dû ressentir le père du “gaspilleur” et dans une moindre mesure, son frère, quand ils ont vu le cadet s’empresser de vendre, sans doute à vil prix, tout ce qu’il venait d’hériter afin de n’emporter que de l’argent liquide (v. 13) ?

Des champs perdus à jamais, des meubles de famille, des souvenirs venus de générations passées… Personne n’avait agi ainsi auparavant.

L’humiliation de voir une telle vente a dû se lire sur le visage du père, ainsi que la stupeur sur celui des voisins et des proches.

Imaginez aussi la souffrance sur le visage de Dieu le Père quand Il voit le salut en Son fils méprisé, tourné en ridicule, rejeté par ceux qu’Il aime pourtant ?

Néanmoins, sans endosser Sa robe de juge, Il continue à nous aimer…